Eysines - 26 mars 2010
Scène
très joyeuse. Souad et ses musiciens plus complices que jamais.
Jeff très facétieux aux prises avec des guitares qui
ne veulent pas s'acoorder... Le tour de chant était bien celui
que nous aimons, en attendant les nouvelles qui devraient être
plus rock. Une salle raisonnable, mais tout de même chaleureuse
pour les rappels. Souad a invité quelqu'un de la salle à
venir sur scène pour chanter ou jouer de la guitare. Elle a
eu un écho favorable par une personne qui est venue la rejoindre
uniquement pour être à ses côtés. Le chant
sera pour une autre fois...
Lorsque Souad
est venue signer des autographes, elle était rayonnante et
comme d'habitude très disponible pour ses fans. Elle m'a confié
qu'en juin, il y aura un single qui pormettra d'attendre la sortie
du CD en septembre.
Souad est très
contente de la série de spectacles avec Eric Fernandez, Choeurs
de Cordoue, où ils jouent de la musique arabo-andalouse. Elle
se régale ainsi que Rabah qui a fait, ce soir, un triomphe
avec son solo de derbouka. Souad espère qu'il y aura d'autres
scènes avec Eric Fernandez que celles déjà prévues.
Si une vidéo est mise sur Youtube, elle figurera sur ce site.
Après Martigues le 24 mars, il y aura deux autres étapes
pour ces Choeurs de Cordoue : Châteauvallon le 24 avril et Narbonne
le 18 mai.
Yahia (Jean-Michel de Constantine)
Izeure - 21mars 2010
Bonjour à tous,
Si
je vous dis que je vais vous narrer un spectacle auquel j'ai assisté,
et dont voici la vedette, vous allez me dire, je ne reconnais pas
cette chanteuse à la guitare, et pourtant si vous êtes
sur ce site, c'est que vous l'appréciez !Il faut dire que c'était
un spectacle en deux parties si l'on peut dire.
Il y a trois ans,
Souad ( puisque vous l'aviez reconnue ! ), avait eu la gentillesse
de chanter avec mes petits élèves : Cette année,
à Yzeure, 5 mars 2010,c'était au tour des élèves
de mon frère, d'avoir ce privilège, mais ceux-ci étant
un peu plus âgés que les miens, Souad eut droit à
son interview en bonne et due forme, avant le spectacle :
Interview Souad
Massi :
Emma : Préférez-vous être chanteuse ou
ingénieure ?
Je préfère être chanteuse.
Maxime : Pourquoi avez-vous
choisi de jouer de la guitare ?
Parce que c'était le seul instrument accessible, j'aurais
souhaité jouer du piano, mais ça coûtait trop
cher.
Raphaël : Est-ce qu'il
vous arrive de vous tromper sur scène ?
Oui, ça m'arrive lorsque je ne suis pas assez concentrée.
Mélissa : Est-ce que vous
faites une voix de doublage dans Azur et Asmar ?
Non, on me l'a proposé, mais je n'avais pas le temps de
le faire, j'étais en tournée.
Adrien : Combien de temps répétez-vous
par jour ?
Ça dépend des concerts, c'est allé jusqu'à
quatre heures pour le concert de flamenco.
Willy : Est-ce que vous répétez
chez vous avec vos musiciens ?
Non, ça ferait trop de bruit, les voisins ne seraient pas
contents.
Loane : Combien de chansons pouvez-vous
chanter ?
Je peux chanter dix-huit chansons dans un concert de trois heures.
Théo : Combien de concerts
avez-vous fait depuis que vous êtes en France ?
Beaucoup, mais je ne peux pas les compter.
Jade : Avez-vous des chansons préférées
?
J'aime beaucoup les chansons de Léonard Cohen.
Leyla : Est-ce que vous jouez d'un
autre instrument que la guitare ?
Quelquefois je fais des percussions, j'aimerais apprendre le piano.
Chloé : Dans combien de pays
avez-vous chanté ?
Beaucoup, mais je n'ai pas chanté en Asie.
Elio : En combien de langues pouvez-vous
chanter ?
Je peux chanter en français, en anglais, en arabe, en espagnol,
j'aimerais apprendre l'italien.
Augustin : Comment avez-vous rencontré
les musiciens de votre groupe ?
J'ai d'abord rencontré Jeff qui m'a présenté
le bassiste et le batteur. J'ai rencontré le percussionniste
ensuite.
Marceau : Qu'est ce qui vous inspire
pour écrire des chansons ?
Je suis inspirée par les femmes de mon pays.
Luka : Est-ce que vous écrivez
les paroles et les musiques en même temps ?
Il m'arrive d'écrire les deux en même temps, mais
généralement j'écris d'abord les paroles.
Etienne : Est-ce que vous avez le trac en montant
sur scène ?
Oui, cinq minutes avant de monter sur scène je suis malade,
mais ça passe après.
Puis
après une séance d'autographes, gentiment et grâce
à la complicité de Manu, les enfants ont pu assister
à la balance.
Le facétieux Zaf ( Le bassiste ) a dit aux enfants que Souad
avait une veste en poils de chats !
La balance :
Les enfants rentrèrent manger
chez eux en attendant l'heure du spectacle. J'en profite pour faire
un petit coucou à Souad dans sa loge où elle se repose
avec sa petite Inji. Me revient à l'esprit une question qu'il
y a longtemps que je voulais lui poser : " Est-ce que c'est ta
maman
qui
dit Allo dans Yemma ? " Eh ! bien, non. Voilà, maintenant
je sais. " Et pourquoi as-tu annulé ta tournée
aux Etats-Unis ? " Il est vrai qu'en regardant le ventre de Souad,
je me dis qu'elle a eu raison. Il n'est pas bon de trop voyager dans
son état ! C'est une fois de plus, pour le mois d'août
, comme Inji, comme Souad !
Bon, 20 h 30, tous en place, le spectacle
va commencer !
Intro avec Deb, puis chaâbi ( Nekreh el kelb)et là, un
audacieux commence à venir danser devant la scène. Moi
qui était tout en haut, je descends dans la fosse et attends
qu'il y ait un peu plus de danseurs pour me mêler à eux.
Bientôt,
nous sommes quelques uns à bouger car Souad a choisi un répertoire
rythmé ( Amessa, Ilham, Miwawa, Khalouni…). Rabah nous fait
son solo de derbouka, invitant les spectateurs à frapper dans
les mains. Les petits élèves de tout à l'heure,
attirés par cette musique, s'agglutinent devant la scène.
Et lorsque Souad entame Ghir Enta, voilà que les enfants chantent
le refrain à tue-tête car ils avaient appris
la
chanson. Souad dirige, sous l'œil étonné de Jeff (c'est
lui ci-dessous). Puis elle explique que des enfants lui ont fait un
cadeau et qu'elle veut le partager avec le public.
Elle appelle le maître pour les
accompagner à la guitare, et les élèves montent
sur scène ( je ne vous dis pas l'émotion de mon frère,
d'avoir la guitare de Souad entre les mains, et sa gratitude envers
les musiciens, d'être restés sur scène à
le soutenir du regard !) En fait, les enfants avaient appris la chanson
d'Azur et Asmar : Mais une nouvelle petite élève s'était
adjointe au groupe et croyez- moi, elle connaissait la chanson par
cœur !:
Le
salut des artistes en herbe. Souad les a remerciés et le spectacle
s'est terminé.
Un seul
regret, pas de rappel ( personne dans la salle ne s'est manifesté
et pourtant certains ont trouvé le concert trop court). Quant
à moi, j'aurais bien repris une louche des anciennes chansons
comme Raoui ou Rani Rayah, mais bon !
Conclusion
écrite par les élèves
Nous avons passé un moment merveilleux, nous nous en souviendrons
toute notre vie.
Danielle Mercier
Changé - 18 mars 2010
Un bref résumé
de la soirée du 18 mars à CHANGE près de LAVAL,
à la salle des Ondines où se produisait Souad.
Comme d'habitude
lorsque Souad entre sur scène, il se produit un sentiment étonnant
de calme, je suis personellement touché,la magie commmence.Les
500 personnes présentes calmes comme le fit remarquer Souad
se sont débridées au fil des chansons.Beaucoup d'humour
aussi entre Souad et ses musiciens, JF ne laissant pas sa part. Le
solo du percussioniste récoltant comme toujours un énorme
succes. Les chansons défilent toutes interprétées
par Souad avec son immense talent, sa voix magnifique et envoutante.
Le concert
se termine après que Souad soit revenue à l'appel du
public. Je n'ai plus le choix, j'ai travaillé RAOUI pendant
1 mois à la demande de Souad que j'avais rencontrée
en décembre, je m'approche de la scène, je lui fais
signe, elle me répond qu'elle est fatiguée, j'insiste,
elle me fait signe de monter et nous chantons RAOUI ,cette magnifique
chanson qui la représente. Les larmes au yeux, je la prends
dans mes bras et la remercie. Voila, je remercie toutes les personnes
qui m'ont témoigné leur sympathie à travers leurs
mots, les gens qui ont été touchés, Cath qui
se reconnaîitra, mon ami Toufik qui m'a aidé et motivé
et bien sur Souad et Abdel pour leur gentillese et leur simplicité.
Une personne présente qui a pris avec son appareil en vidéo
ce moment fort doit m'adresser un CD. J'espère qu'elle tiendra
parole.
Voila ce que
fut cettte magnifique soirée.
Dominique Ménager
Montpellier - Arabesques - 23 mai
2009
Kateb
Amazigh qui assure la première partie rentre sur scène
et déjà les drapeaux kabyles et amazigh font leur apparition.
C'est très vite du délire et Kateb assure grave : "
Le pouvoir aux femmes algériennes Inch'Allah. Y'en a marre
des généraux avec les moustaches en plastique ! "
Tonnerre d'applaudissement, youyous magnifiques.
Le terrain est prêt pour Souad et
ses musiciens.
Les techniciens ont quelques problèmes de son
et sont plongés dans leurs faisceaux invraissemblables de fils.
Finalement, Manu le régisseur de
Souad fait signe que tout est ok. Les guitares sont
accordées. C'est le temps du concert ! Souad
sourit et parle avec les fans au pied de la scène et le
concert démarre comme un bolide, dans une ambiance de feu.
Pas de round d'observation. Jeff fait toujours merveille à
la guitare. les gens sont déchaînés et dansent
d'emblée. Souad a un nouveau bassiste qui assure
bien.
" Yawlid " déclenche un triomphe,
toute le monde saute. Puis une succession de chansons douces et l'incontournable
partie de manivelle entre Rabah aux percussions (en
l'occurence la derbouka) et le batteur. Triomphe absolu, tout le monde
en redemande.
" Ghir Enta " et " Ech Dani
" relancent le public dans des danses endiablées.
Tout le monde chante en arabe. Souad elle-même
en est impressionnée puisqu'il y a beaucoup de Français
qui se livrent à l'exercice.
Comme
à l'habitude Jeff assure comme un malade et il
est bien aidé par ses copains musiciens avec qui il a une grande
complicité. Je remarque au passage qu'il a une six cordes et
une guitare électrique. Il a laissé de côté
la douze cordes avec son charme si particulier.
Mais il faut bien, finir... Les quatre musiciens tapent
très fort et mettent avec Souad une ambiance de
feu.
Inji, 3 ans et demi danse avec papa Abdel
qui, pour une fois, va voir le spectacle de sa femme depuis les gradins.
Comme d'habitude, la scène se vide et Souad
reste seule avec sa guitare : c'est le moment sacré de "
Raoui ". Les bruits se calment, l'exitation baisse d'un cran
et aux premières notes de l'arpège, c'est le silence
et le recueillement. La voix cristalline de Souad nous
envoûte. C'est le grand frisson et les larmes qui montent aux
yeux. Le public reprend " Hadjitek, Madjitek ", sans
que la magnifique Souad fasse quoi que ce soit. Et ça
peut durer longtemps, toute la nuit tellement c'est beau. Les musiciens
trempés de sueur viennent saluer. Souad serre
des mains à volonté. Tout le monde en veut encore. Ils
reviendront sur scène trois fois sous les bis du public conquis.
Interview Jeff à Bourges
Cet
entretien a eu lieu le 20 mai à Bourges au lendemain du concert.
Nous étions attablés à la terrasse d'un bistrot
pas loin de la gare. Le soir même, Souad jouait à Lignières
au festival " l'Air du Temps ". Il faisait un temps printanier
qui prêtait à la confidence. Jean-François Kellner
dit " Jeff " s'est ouvert à moi sur son parcours
de musicien, ses rencontres musicales les plus marquantes, son évolution
et ses choix, sa rencontre avec Souad, son rôle au sein de la
formation et enfin ses impressions sur tous ces voyages aussi bien
en France qu'à l'étranger. Ce fut une discussion à
bâtons rompus…. rompue parfois par l'annonce d'un cirque de
passage, de Souad, de David et les autres. Ce fut une conversation
intéressante, parfois technique (coucou aux apprenti(e)s guitaristes)
et surtout chaleureuse. A vous d'en juger !
Ziane : Tu joues
sur une guitare 12 cordes (Takamine) mais qui ne contient que 10 cordes.
Les cordes " Ré " et " Sol " ne sont pas
doublées. Pourquoi ce choix ?
Jeff : Avec la même guitare, je suis obligé de
jouer du folk, du rock, un peu de musique orientale et de la musique
africaine. Cela va m'aider si l'instrument lui-même a déjà
une personnalité dans le son. Les cordes doublées font
tout de suite penser à la musique orientale où beaucoup
d'instruments ont des cordes doublées comme le Luth, le mandole
ou le Saz turque. Quant aux 2 cordes simples (le Ré et le Sol),
cela me permet de faire des " cut cut "(cordes étouffées),
des trucs plus spécialement africains, blues ou rock. Et, dans
les chansons comme Ghir Enta ou Hayati, on nous a toujours dit qu'il
y avait une petite couleur de Fado là-dedans. C'est peut-être
dû aussi à ces doubles cordes qui sonnent comme un Bouzouki,
une guitare portugaise, ce genre de chant " mouillé ".
Ziane : Quelle est ta formation musicale ? Comment as-tu débuté
à la guitare ?
Jeff : A 16 ans, j'étais en pension. Dans la cour de
l'école, il y avait deux gars qui grattaient dont l'un sur
une douze cordes. L'autre était plutôt guitariste électrique.
J'avais une guitare à la maison mais je n'arrivais pas à
m'en servir. Ils m'ont appris les premiers accords et comme on passait
beaucoup d'heures à s'ennuyer dans les récréations
du midi, du soir, après les permanences, c'était une
occupation salutaire. J'ai l'impression que c'est souvent l'ennui
qui déclenche une passion. En tout cas, c'est ce que racontent
les histoires africaines. Et voilà, dans le cadre de la pension,
j'avais souvent l'occasion de me retrouver avec la guitare, à
apprendre avec quelqu'un…
Ziane : Donc tu as commencé à apprendre avec
des copains. Ensuite, as-tu joué avec des petits groupes ?
Jeff : Après, quand je suis revenu sur Paris en classe
de Première, j'ai monté un groupe avec un ami pianiste
(Jean-Christophe Prudhomme) qui est d'ailleurs un musicien reconnu
puisqu'il a composé des musiques pour " Les Inconnus ",
de films, etc. Il ne fait pas de scène mais que de la composition.
Quand nous étions à l'école, il y avait lui et
François Ridel le chanteur de Massillia Sound System. Nous
étions tous les trois dans la même classe, nous voulions
faire de la musique et on ne pensait qu'à ça. Nous étions
passionnés. Nous avons pris nos premiers instruments, nous
avons joué . Puis nous avons trouvé un petit local où
nous avons commencé à jouer sérieusement. Et
puis après, Jean-Christophe et moi avons monté une formation.
Il y avait déjà Christopher Henry (batteur renommé
qui a déjà joué avec Souad Massi en remplacement
de David Fall) qui nous a rejoints. Nous écoutions des disques,
de la pop, du jazz-rock des années soixante dix. Nous jouions
ensemble, nous touchions à tous les instruments.
Ziane : Tu étais plus guitariste électrique
à cette période là, non ?
Jeff : Ouais, j'étais guitariste électrique
et surtout batteur. Mais c'est vrai que pendant les premières
années, je jouais plus de l'électrique. Bizarrement,
je suis un guitariste électrique.
Ziane : Après cette période de musicien amateur,
as-tu continué tes études après le bac ou as-tu
commencé une carrière de musicien professionnel ?
Jeff : Après le bac, j'avais décidé de
faire de la musique. Donc, j'ai enchaîné les petits boulots
les un après les autres, le reste du temps je travaillais mon
instrument et puis on répétait.
Ziane : As-tu pris des cours sérieux de musique ou
de guitare ?
Jeff
: J'ai pris des cours pendant un an dans un magasin qui s'appelait
le Quincampoix et qui était le repaire de tous ces rois du
picking comme Dadi, Michel Haumont, etc. Il y avait des bons cours
de guitare. J'ai commencé à apprendre les bases du picking
et les débuts des tablatures. Comme mon groupe était
plutôt électrique , j'ai laissé tomber les cours.
Après, j'ai pris un cours avec un bon professeur, Eric Boell
qui formait avec Roubach un duo de techniciens incroyables. Ils jouaient
sur des guitares acoustiques un répertoire jazz-rock très
complexe. Mais, je n'ai pas ce côté mathématique
de l'enseignement de la musique, le rapport des intervalles, les modes.
J'ai à peu près compris le concept mais cela ne me sert
pas de référence. J'ai appris les bases de l'harmonie
et après c'est souvent la mélodie qui dirige. Je crois
qu'on peut se passer de la théorie parfois. J'ai beaucoup appris
avec les autres musiciens.Quand tu dis qu'on ne peut pas se passer
de la théorie musicale, moi je connais plein de musiciens qui
ont fait le tour du monde et qui n'y connaissent rien.
Ziane : Mais sans être un spécialiste, il faut
connaître les bases. Lorsque tu parles d'un accord neuvième
diminué, tu dois savoir de quoi il s'agit sinon tu ne peux
pas aller très loin.
Jeff : C'est mieux effectivement, ça permet de te repérer
si tu sais mettre un nom dessus. Maintenant, je te le redis, il y
a des gens qui jouent comme ça d'instinct. Je ne sais pas par
exemple si Paco De Lucia va connaître les noms de tous ses accords.
Je ne sais même pas si ça l'intéresse ? Peut-être
Paco est un grand théoricien ? Moi, je connais plein de guitaristes
qui s'en passent.
Il y a l'anecdote de Souad en studio qui demandait à un guitariste
le nom d'un accord et qui lui répond : je ne connais que le
nom de ma mère. Le gars va faire un accord super complexe et
si tu le chiffres, ce sera un " mi augmenté avec une septième
mineure " ou je ne sais quoi, et le gars te joue tout ça
depuis qu'il est tout petit sans savoir ce que c'est.
Ziane : Pour revenir à ta formation, lorsque tu as
plus maîtrisé ton instrument, comment as-tu concrétisé
cet apprentissage ?
Jeff : Avec le groupe, nous avons commencé à
jouer, nous avons fait plein de concerts dans des clubs de jazz-rock
parisiens. Nous étions vraiment au contact des autres musiciens.
Cela créait une émulation. C'était des gens que
nous voyions tous les soirs. Ca joue, ça écoute. Donc
tu commences à connaître d'autres musiciens. Tu joues
dans des petits groupes car il y en a un qui t'appellent. Ensuite,
j'ai rencontré un musicien qui est devenu un grand ami et qui
s'appelle Philippe Servain. C'était un vrai musicien classique.
Il arrangeait les morceaux pour les concerts de Philippe Léotard.
Et là, je me suis trouvé confronté pour la première
fois au problème de savoir mettre un nom sur les choses pour
pouvoir travailler vite. C'est merveilleux ce métier où
un gars compose une musique, il donne les partitions à tous
les musiciens. Il fait : " trois , quatre " et tout d'un
coup sa musique prend forme. Ca m'a obligé à travailler
la lecture, à savoir lire les grilles, à savoir m'adapter
à des situations professionnelles. Tu te rends compte que quand
tu apprends des trucs à l'oreille c'est bien mais après
si tu dois en apprendre beaucoup, tu as intérêt à
savoir te trouver un système de repérage de notes, tu
apprends à écrire des grilles, à te faire tes
propres partitions. Ce sont des choses qui viennent petit à
petit.
Je me souviens avoir joué avec Yves Lecoq …
Ziane : L'humoriste ? L'imitateur et la grande voix des "
Guignols de l'info " ?
Jeff : C'est un grand artiste. Ses imitations sont très
pointues. Je me souviens pendant la balance, il envoyait des airs
d'opéra sans micro. Nous nous retrouvions avec des grilles
imposantes lorsqu'il chantait un pot-pourri des années soixante,
15 morceaux enchaînés, des petits extraits, des airs
… A ce moment là, l'utilisation des grilles me facilitait la
vie.
Parfois, je recevais des grilles très complexes à travailler
pour une session. J'y passais des jours et des nuits. Finalement,
j'y arrivais, je me détendais un petit peu. J'apprenais à
m'en servir.
J'ai vraiment appris sur le tas.
Ziane : D'autres expériences musicales ?
Jeff : Ensuite, j'ai rencontré des musiciens africains
. Cela a été tout de suite la grande révélation.
Ziane : Quels musiciens ?
Jeff : A Paris , il y a une mine d'or de cultures africaines,
de musiciens africains. Il y en avait plein au New Morning mais aussi
dans des petits clubs. D'abord, des musiciens antillais qui jouaient
une nouvelle musique à l'époque. C'était les
débuts du " Zouk ". J'ai fait partie de groupes qui
cherchaient à faire des mélanges entre le Zouk, le Rock,
la musique traditionnelle qu'on appelle " Cheval bois "
en Martinique …
Ziane : Pourquoi cette attirance pour la musique africaine
?
Jeff : Je pense que c'est le rythme. Je me sens plus "
rythmicien " que mélodiste.
Ziane : Effectivement, cela s'entend même quand tu joues
des chorus, l'usage des " cut cut " , du médiator
de manière percussive. Tu as l'air à l'aise dans ce
style.
Jeff
: Oui, je suis à l'aise, je suis un batteur frustré.
Cela me procure des sensations profondes, pleines d'énergie.
Quand tu joues un petit " pattern " rythmique et qu'il tourne
tout seul, tu te rends compte qu'au bout d'un moment, tu ne fais plus
d'effort pour le jouer, que ça avance, que tu es pris dans
une énergie collective qui est vraiment impressionnante.
Ziane : Donc, lorsque tu as débarqué dans ce
milieu de musiciens africains à une époque où
tu jouais un peu de tous les styles, as-tu appris quelque chose de
nouveau ?
Jeff : J'ai appris d'abord à connaître des cultures
différentes. J'ai appris aussi que l'Afrique représentait
une mine d'or sur le plan des racines artistiques. Quand tu reviens
à cette source, ça te permet d'aborder avec un nouveau
regard le " folk ", la " pop ", le " rock
", le " jazz ". J'allais dire une approche " pure
" mais je n'aime pas ce mot, je dirais " authentique ".
Je repartais aux racines.
Ziane : Quels sont les musiciens africains avec lesquels tu
as joué et qui t'ont le plus marqué ?
Jeff : Les grands chanteurs comme Salif Keïta, les frères
Touré Kunda. J'ai joué 4 ans avec eux.
Ziane : Ils ont eu beaucoup de succès dans les années
80.
Jeff : Je suis arrivé dans les années 90. Nous
avons fait un bel album qui s'appelle " Mouslaï " (1997).
Ce groupe sénégalais de Casamance a une longue histoire.
Ils ont révolutionné la musique à leur époque.
J'ai aussi joué avec Salif Keïta, ce chanteur malien immense.
Le Mali et la Guinée délimitent l'ancien empire Mandingue
dont la culture traditionnelle a été préservée.
Par exemple, les griottes " Nahawa Doumbia" ou " Oumou
Sangaré " jouent des musiques qui doivent probablement
sonner de la même manière qu'au 12eme siècle.
Et paradoxalement, cette musique est restée très moderne.
En comparaison, si on écoute les chants des troubadours du
12eme ou 13eme siècle, il sera difficile de les adapter à
la modernité. Quoique…On entend de plus en plus des vielles
à roue dans la " Techno " ou la musique électronique.
Dans la musique africaine, l'utilisation des instruments de fabrication
artisanale ainsi que des règles très strictes en font
une musique " hors du temps ". Lorsqu'on écoute "
Oumou Sangaré " jouer avec ses musiciens, c'est magnifique.
On sent à la fois les racines du Jazz, la mélodie qu'il
peut y avoir dans le Folk. C'est une musique très complète
et très complexe. Il y a beaucoup de " polyrythmie ".
Chacun à sa position est autonome. Chaque musicien joue une
séquence et doit, en même temps que son rôle rythmique,
répondre à la voix. Lorsque chaque instrumentiste le
fait, il y a des dialogues entre le Djembé et les danseuses.
C'est plus qu'un dialogue, ça ne passe pas par les mots, c'est
beaucoup plus fort.
Ziane : Après cette immersion dans la musique africaine,
as-tu connu d'autres expériences musicales ?
Jeff : J'ai continué plein de choses. En étant
musicien professionnel, je faisais des séances, j'accompagnais
des chanteurs de variété dans les années 80,
90, des chanteurs comme Higelin…
Ziane : Tu es guitariste professionnel depuis plus de 20 ans.
Depuis quand en vis-tu vraiment ?
Jeff : Je suis devenu vraiment professionnel en 1986. Mais
comme j'ai toujours choisi des musiques qui bien qu'intéressantes
n'étaient pas très rémunératrices, j'étais
obligé de jongler. Il y avait des périodes " sans
" où je faisais plein de partitions, du travail à
la maison, des relevés… J'ai arrêté mon dernier
petit boulot en 1988.
Ziane : Quel est ton statut actuel ?
Jeff : Je suis intermittent.
Ziane : Es-tu allé à la source de la musique
que tu préfères, c'est à dire en Afrique ?
Jeff : Oui, bien sûr.
Ziane : Cela ne faisait-il pas bizarre qu'un jeune européen
" pur sucre " s'intéresse et veuille jouer de la
musique africaine (et qui en jouait d'ailleurs) ?
Jeff : C'est là que l'africain nous donne une leçon
de modestie et de chaleur humaine. Je n'ai jamais eu de problème.
Les gars te regardent, ils n'y croient pas au départ quand
tu leur joues de la guitare. Ils sont bienveillants. Dès qu'ils
voient que tu joues un peu la musique du pays, là ils t'ouvrent
les bras. Au Bénin, souvent les gars me disaient que toi, le
jour où Dieu avait distribué les peaux, il s'était
trompé. Tu es accepté comme ça.
J'ai ressenti plus de méfiance, de réticences des antillais
par exemple qui sont à cheval entre deux cultures. Ils ont
du mal à faire le choix. Je sais qu'au début le groupe
avec lequel je devais jouer hésitait à m'engager car
j'étais blanc donc je ne saurais pas jouer leur musique. Un
jour, ils étaient forcés de me prendre car ils manquaient
d'un guitariste au dernier moment et ils se sont rendu compte que
je pouvais vraiment jouer. C'est une question de travail, de désir,
d'envie. Si tu en as envie, tu vas arriver à comprendre, à
sentir.
Quand j'étais petit, mon univers musical était la chanson
française, c'était Edith Piaf, les groupes des années
70, les Hendrix, tout ça… Quand on écoute Hendrix, on
sent l'africanité à fond. Tu enlèves son batteur
et son bassiste, ça continue de tourner. Il est complètement
autonome, sa voix et sa guitare chantent dans tous les sens et, en
même temps, ça impose une rythmique très solide.Tu
écoutes Ali Farka-Touré jouer et puis tu écoutes
Hendrix jouer un blues, c'est des frères. Il y a vraiment un
rapprochement.
Ziane : Après Salif Keïta et Touré Kunda,
as-tu joué avec d'autres artistes africains ?
Jeff : Oui, Tony Allen qui était le chef d'orchestre
de Fela dans les années 70 et qui est un immense batteur. J'ai
joué 4 ans avec lui. D'ailleurs, j'ai arrêté de
jouer avec lui car avec Souad Massi on avait trop de dates. Je ne
pouvais pas tout faire. Et puis, j'ai joué avec une multitude
d'artistes africains de la scène parisienne, des grands chanteurs,
des grands instrumentistes… La liste serait trop longue.
Ziane : Pour résumer, tu es devenu un guitariste reconnu
dans le milieu musical africain à Paris et ailleurs. Tu dois
être souvent sollicité pour des sessions, des concerts,
etc.
Comment as-tu rencontré Souad Massi ? La question t'a déjà
été posée dans le documentaire consacré
à Souad Massi, " l'Algérie dans un sourire ",
diffusé sur France 5.
Jeff : Je l'ai rencontrée à l'occasion de ses
premières maquettes pour Universal. C'est un ami , ingénieur
du son avec qui j'avais travaillé pour Salif Keïta qui
m'appelle un dimanche pour venir faire des guitares sur une maquette.
Nous avons fait 7 titres, Denia, Belibik, Rani rayha, etc. Nous avons
préparé son premier album pour le présenter à
Universal. Tout de suite, j'ai adoré sa façon de chanter,
sa musicalité, sa précision rythmique et harmonique.
J'adore le folk mais en même temps, le côté folk
" qui sent le foin ", si je puis dire, est limité.
Je suis fan de quelqu'un comme Neil Young quand il est tout seul avec
sa guitare ou avec son groupe. Mais au bout d'un moment, lorsque j'entends
son groupe jouer, le bassiste et le batteur, je trouve ça un
peu lourd. Je trouve la musique folk américaine un peu lourde.
Elle est toujours plantée sur les " dzoum ta, dzoum ta
" un peu binaires. Alors qu'avec Souad Massi, il y avait ce terrain
folk qui permet à une guitare de s'exprimer vraiment avec des
arpèges, des cordes à vide, des mélodies. De
plus, il y avait une volonté africaine de recherche de rythmes.
Eh oui, Souad se revendique africaine à juste titre. Ce qui
n'est pas le cas de tous les chanteurs maghrébins. Certains
d'entre eux se sentent vexés si on les considère comme
africains. Je ne sais pas pourquoi.
Ziane : Disons qu'il y a le côté oriental qui
est peut-être moins visible dans la musique africaine…
Jeff : Tu vas trouver des intonations orientales chez les
chanteurs mandingues. C'est l'Afrique noire qui a été
colonisée par les musulmans.
Ziane : C'est vrai, quand tu écoutes des passages de
la " Kora "(genre de harpe africaine), il y a ces harmonies
typiquement orientales.
Jeff : Quand tu écoutes Salif Keïta ou Mori Kanté
chanter, c'est pas loin non plus. Tous ces chanteurs guinéens,
maliens ont d'une certaine façon toujours baigné dans
une culture musulmane. Il a entendu les phrases de l'appel à
la prière, les textes du Coran mélangés. Le grand
talent de l'africain est qu'il est animiste. Le père blanc
catholique arrive et impose sa culture. L'africain prend ce qu'il
trouve de bien. Le musulman arrive, c'est bien aussi. L'africain est
très, très ouvert. Il arrive à cumuler les choses.
La musique traditionnelle africaine a su prendre les influences du
monde musulman ou du monde occidental et les a intégrées
d'une façon naturelle. Par exemple, les maliens ou les guinéens
quand ils jouent de la musique cubaine c'est avec une puissance qui
est différente de celle des cubains mais qui est tout aussi
efficace. Après, ils mélangent leur côté
Mandingue. Le premier disque de Salif Keïta, c'est incroyable.
C'est beaucoup de musique cubaine chantée en Bambara, donc
avec des consonances africaines.
Ziane : Pour revenir à Souad, tu as " flashé
" dès votre première rencontre car tu as retrouvé
des choses qui t'intéressaient…
Jeff : Exactement. C'était une superbe après-midi
de travail avec une très belle artiste. Souvent, avec les chanteurs
il faut faire le tri entre leur qualité de musicien et leur
ego. D'ailleurs, souvent l'ego est quelque chose qui freine en musique
et plein de chanteurs tombent un peu dans ce piège. Mais avec
Souad, je sentais qu'il n'y avait vraiment pas ce problème
là, qu'elle était dans la musique, qu'elle dégageait
plein d'émotion. Nous avons fait " Rani Rayha " en
une prise. C'était un vrai bonheur d'accompagner sa voix. Souvent
en studio, le chanteur se plante un peu, il n'est pas très
à l'aise. Et là, c'est une artiste qui fait une prise
et c'est une belle version. Elle n'a pas dit, je referai la voix plus
tard. C'est ce que j'ai beaucoup apprécié.
Comme c'était une histoire qui démarrait, qu'elle commençait
à faire des petits concerts, des premières parties et
qu'il lui fallait juste 2 guitares acoustiques et une basse, cela
m'a beaucoup intéressé. Car j'aime aussi avoir du champ,
de la place pour jouer…
Ziane : En tout cas, les gens qui écoutent le premier
disque même s'ils n'ont pas l'oreille d'un guitariste ou d'un
musicien, ils entendent que la guitare a une place vraiment importante.
Bien plus que dans le deuxième album qui est plus arrangé,
plus produit et où la guitare semble moins primordiale. Pourtant,
sur scène, les guitares reprennent le leadership et donnent
des versions différentes mais néanmoins intéressantes
des chansons.
Jeff
: Sûrement. Sur scène, il n y a que ça comme
instruments harmoniques et mélodiques, 2 guitares acoustiques
et une guitare basse.
A l'époque de ma rencontre avec Souad, je me régalais
donc avec Tony Allen ; c'était beaucoup plus expérimental,
je jouais sur une guitare électrique de la musique qu'on appelle
" Afro-Beat ".
C'est une musique où tu dois tenir une part de rythme et puis
te balader dans des arrangements de cuivres, des solos. Avec Souad,
je retrouvais vraiment les guitares en bois, le folk, la mélodie,
le chant. J'adore jouer avec les chanteurs…
Ziane : Donc, tu ne ferais pas un disque instrumental ?
Jeff : Parfois, j'ai envie parce que j'adore la musique instrumentale
aussi. A ce moment là, la guitare prend la place de la voix
et c'est magnifique. Quelqu'un comme Jeff Beck quand il fait une mélodie,
c'est beau comme un chanteur.
Ziane : Après le premier disque, les concerts ?
Jeff : Oui, beaucoup de concerts. Ca s'est développé.
On s'est rendu compte que Souad était à l'aise sur scène,
qu'elle adorait vraiment ça, que le public commençait
à être présent ce qui nous a motivés.
Ziane : Je suppose que tu étais le premier dans le
groupe à rencontrer Souad Massi, comment as-tu rencontré
les autres musiciens ?
Jeff : Je connais Zaf depuis les années 80. Nous travaillions
ensemble dans un studio de répétition. On se voyait
souvent. Nous avons joué ensemble avec Carole Laure. En fait,
cela s'est fait tout seul. Zaf est un très bon bassiste. On
répétait à Studio Plus. Bob Coke, le réalisateur
le connaissait aussi. C'était évident qu'il nous rejoigne.
Ziane : Et le batteur David Fall ?
Jeff : Nous avons travaillé avec plein de batteurs,
avec Latabi Diouani , Stéphane Huchard puis avec Chris Henry.
Nous avons essayé plein de batteurs car il n'y a pas beaucoup
de batteurs qui peuvent avoir autant de variétés dans
le style. Nous avions tous les mêmes itinéraires ; nous
avions tous joué avec Salif Keïta, des musiques instrumentales,
des musiques africaines, de la variété, etc.
Ziane : Finalement, tu es à l'origine de tous les musiciens
autour de Souad Massi ?
Jeff : Un petit peu oui. En étant là depuis
longtemps, ayant un peu d'ancienneté, tu vois les gens que
tu peux appeler. Tu as déjà une histoire avec eux, cela
dépasse les compétences musicales, cela devient plus
une relation humaine. Et puis c'est parti et j'espère que ça
ne s'arrêtera pas.
Ziane : Parlons de l'évolution de cette aventure. Concrètement,
entre le premier et le deuxième album, avez-vous évolué
musicalement ? Un style particulier s'est-il affirmé ? Ou allez-vous
revenir à plus d'acoustique comme l'a signalé Souad
Massi dans une précédente interview ?
Jeff : Je ne sais pas. Avec une artiste comme Souad qui a
une grande ouverture musicale, qui aime profondément la musique
comme moi aussi j'ai l'impression de l'aimer, nous sommes touchés
par une émotion, une énergie qui peut se trouver aussi
bien dans la musique traditionnelle " Chaâbi " que
chez un " Folk Singer " américain, chez un chanteur
africain ou un chanteur indien. Souad adore la musique indienne aussi.
On en découvre tous les jours. En réalité, ce
n'est pas un style que l'on recherche mais dans chaque chanson il
y a une histoire, une émotion à faire partager aux gens.
C'est déjà un guide pour l'orchestration. Ensuite, il
y a une " Pulse " rythmique qui va nous emmener dans telle
ou telle direction.
Ziane : Il est vrai, lorsqu'on écoute les disques ou
les concerts, nous passons des chansons acoustiques intimistes à
des chansons très rythmées limite " hard rock ".
Les mélodies et les rythmes peuvent être orientaux, africains
ou rock. Qui apporte cet éclectisme, Souad ou le groupe collectivement
?
Jeff : C'est l'ensemble. C'est aussi son ouverture musicale.
Puisqu'elle est capable de se balader dans tous ces styles, on voyage.
Le but du jeu est quand même de casser les barrières
qu'il y a entre les différentes cultures. Le fait de voyager
comme ça de musique en musique tout en gardant l'unité
de la voix et de l'instrumentation car ce n'est pas un " patchwork
", cela participe donc d'une recherche de paix et d'harmonie
universelles si l'on peut encore en rêver. C'est à dire
que pendant 2 heures de concert, nous avons l'impression que tout
le monde se retrouve.
Ziane : L'idée qui sous-tend cette démarche
est intéressante car elle n'est pas gratuite : rapprocher les
cultures grâce à la musique.
Jeff : Lorsqu'il y a des africains dans la salle et qu'on
joue Amessa ou Yawlidi, ce sera vraiment un clin d'œil pour eux. Ils
vont tout d'un coup se retrouver dans une musique qu'ils connaissent
et qu'en plus , on ne massacre pas. Si tu joues un " Makossa
" pour jouer un " Makossa " sans savoir le faire, il
vaut mieux éviter.
Ziane : Revenons aux arrangements. Avez-vous une liberté
d'initiative ?
Jeff : Chacun arrange son instrument à sa guise. Déjà,
Souad est autonome avec sa guitare et sa voix. Ca roule. J'arrive
avec la deuxième guitare en complément de la sienne.
Lorsque sur les disques il y a des violons, des luths, j'essaie de
" retraduire " tout ça. Pour la batterie ou la derbouka
c'est la même chose, ça évolue sans arrêt.
Par exemple, un soir nous faisons un truc qui va bien marcher. Nous
le mémorisons ou nous l'oublions pour y revenir après.
Chacun pense à son instrument. L'un pourrait améliorer
un passage, l'autre un autre endroit. On en parle, on écoute
les concerts … C'est un travail en continu.
Ziane : Donc les morceaux évoluent perpétuellement
?
Jeff : Personne dans le groupe n'a envie de dire que sa version
est définitive et qu'on ne peut pas faire autrement. Il ne
s'agit pas non plus de faire n'importe quoi, de prendre des risques,
ce n'est pas du " Free Jazz " où tu ne refais jamais
deux fois la même chose. Il y a quand même une chanteuse
à accompagner, tu ne peux pas prendre trop de risques non plus.
Il y a un espace de liberté mais au service de sa voix. Donc,
tu ne peux pas envoyer une grosse dissonance juste avant qu'elle se
mette à chanter. Parfois, il ne sert à rien de compliquer
l'harmonie, cela ne va pas servir la voix. Ce sont des chansons qu'on
essaye d'habiller avec ce qu'elle raconte. Comme les gens ne comprennent
pas les textes, que ce soit en France ou en Angleterre où très
peu de gens comprennent l'arabe, il faut que ça passe autrement
que par les mots. L'orchestration doit illustrer la sensation, l'émotion
et le thème de la chanson.
Ziane : Je reviens aux questions techniques et en particulier
sur la guitare et l'amplification. Tu joues sur une Takamine électro-acoustique
12 cordes (plutôt 10 cordes). Il n y a pas d'évolution
en vue ? As-tu une guitare de remplacement en cas de problème
?
Jeff : J'en ai une en préparation chez le luthier.
De la même façon, je vais l'équiper avec un micro
de guitare électrique. Je suis toujours en recherche.
Ziane : N'envisages-tu pas parfois d'utiliser en plus une
Gibson électrique sur scène ?
Jeff : J'aimerais bien. Le problème est qu'on est très
souvent sur la route et qu'on ne peut pas trimballer plusieurs guitares.
Ziane : Peux-tu me parler de ton amplification ? C'est toujours
un Marshall à lampes ?
Jeff : Comme on n'a pas de matériel propre, je demande
toujours un Marshall JCM 800 ou 900 car par expérience c'est
le plus fiable.
Ziane : Quels sont les effets utilisés ?
Jeff : J'ai un octaver, 2 chambres d'écho…
Ziane :Pourquoi 2 chambres d'écho ?
Jeff
: Parce que l'une sert à habiller le son de la guitare
électrique vu que le son de la guitare acoustique est très
droit. Dans le jargon, on dit que je le mouille un peu de sorte que
derrière la guitare acoustique il y ait une sorte de halo,
comme une nappe. L'écho y fait beaucoup. Et puis moi, je suis
le fils de " Pink Floyd ", j'adore la musique psychédélique,
j'adore les échos, c'est magique. Donc, j'utilise la première
pour des effets un peu " spéciaux " et l'autre que
j'utilise de façon très rythmique pour donner l'effet
classique de l'écho, c'est à dire qu'il répond
à ce que tu joues. Et si tu aères ton jeu, la réponse
est comme un rebond, cela donne presque l'impression d'une séquence.
Ziane : Continuons ! Quels sont les autres effets ?
Jeff : J'ai une pédale " Wha Wha " Dunlop
Cry Baby…
Ziane : Je l'entends rarement. Bien sûr, il n y a pas
de morceau à la " Voodoo Child " où la "
Wha Wha " est indispensable. L'utilises-tu comme filtre pour
avoir un son particulier ?
Jeff : Si, si. Je l'utilise pour l'effet " Wha Wha "
dans " Lamen ". Mais je l'utilise aussi comme filtre. Comme
j'ai tout le temps le son " droit " de la guitare acoustique,
on l'entend moins. C'est vrai que ce n'est pas " Shaft ".
Ziane : D'autres effets ?
Jeff : J'ai aussi 2 pédales de distorsion. La première
est plus un overdrive assez doux qui booste un peu le son clair de
la guitare électrique. C'est une pédale Boss. L'autre,
une Rat est plus saturée. Enfin, j'ai une pédale de
volume.
Ziane : C'est tout ? Comment fais-tu dans l'intro de "
Belibik " quand tu fais répéter toutes ces phrases
en boucle ?
Jeff : Je me sers d'une chambre d'écho que j'utilise
comme un petit magnéto. C'est à dire que j'enregistre
une séquence qui se répète et à laquelle
je rajoute d'autres séquences.
Ziane : Pourquoi n'utilises-tu pas un " Rack multi-effets
" ?
Jeff : Les " Racks multi-effets " sont numériques
et je n'aime pas leurs sons. J'ai l'habitude de fonctionner avec des
pédales aux pieds. Il y a des pros qui jouent sur des "
racks numériques ". C'est une question de recherche de
sons et de ce qu'on aime ou on n'aime pas. Moi, je n'aime pas trop.
Ziane : Avec tous ces voyages en France et à l'étranger
en raison de la tournée interminable, quels sont les endroits
qui t'ont le plus marqué ?
Jeff : Le Soudan lorsque l'on a joué à Khartoum.
On a fait un concert avec trois bouts de ficelle et c'était
un grand moment.
Ziane :Vous avez réussi à sonoriser ?
Souad : Il y avait des pressions énormes. Les autorités
voulaient annuler le concert. Nous , on tenait à jouer.
Jeff : Et puis tu joues, tu vois les étudiants qui
ont envie de danser, tu vois les autorités qui allument les
lumières pour les surveiller, et puis nous qui les provoquons
et finalement, ça s'est très bien passé. C'était
un moment très touchant. Sinon, ça dépend des
gens. Je me souviens d'un concert à Lyon dans la mairie du
1er arrondissement où nous avions commencé devant juste
des élus un peu coincés et ça s'était
terminé en pleine communauté. C'était génial
! On avait réussi à retourner toute l' ambiance de la
salle. Il y a des moments comme ça. Maintenant, tous les voyages
sont très enrichissants. Quand tu voyages avec la musique,
tu es tout de suite plongé dans une ambiance sympathique. Ce
n'est pas comme quand tu arrives en touriste. Tu es tout de suite
accueilli par les gens du pays. Tu as une relation privilégiée
avec les personnes qui t'accueillent. Tu peux tout de suite poser
plein de questions. Tu es aidé dans ta découverte du
pays. Quand tu es dans un pays étranger et que tu travailles,
tu es dans l'ambiance du pays, quoi .Tu es comme tout le monde. Tu
n'es pas en train de te balader en touriste pendant que tout le monde
bosse. Tu es dans le même mouvement qu'eux.
On rencontre les corps de métiers autour du concert et après
le concert, on peut rencontrer le public. Par exemple, tu viens d'arriver
à New York, tu joues et après tu es reçu par
des gens qui viennent te chercher le lendemain pour te faire visiter.
Tu es drôlement avantagé.
Ziane : Cependant, ne ressentez-vous pas une frustration ?
En France par exemple, vous avez pratiquement vu toutes les villes
depuis 3 ou 4 ans, as-tu pour autant l'impression de connaître
la France ? En arrivant l'après-midi dans une ville et en repartant
le lendemain en fin de matinée, n'avez-vous pas une vision
un peu partielle et faussée de ces endroits ?
Jeff : Oui, j'ai l'impression de connaître la France
mais en même temps, je suis toujours aussi nul en géographie.
Il y a pourtant des différences d'ambiance suivant les régions.
Ca se sent dans le public aussi.
Ziane : Ressentez-vous des différences dans les publics
? Les gens du Sud sont-ils, d'après le cliché, plus
chaleureux ?
Jeff : Au contraire, le public du Sud est comme le public
parisien, il a beaucoup de choix, il est un peu blasé sans
généraliser bien sûr. En règle générale,
les publics très chaleureux se trouvent dans le Nord, autour
de Lyon aussi … Il y a une grande écoute. Dans chaque région,
il y a une ambiance différente. Tu joues en Bretagne, tu t'aperçois
que dans la salle il y a plein de gens qui savent faire la fête
autour de la musique.
Quand tu vas dans des endroits plus " bourgeois ", l'ambiance
est un peu plus coincée.
Je pense que je commence à connaître mon pays. Il a ses
bons et ses mauvais côtés. Quand tu passes 4 fois dans
la même ville, tu commences à la connaître un peu.
Ziane : Finalement, vous êtes en quelque sorte les "
Troubadours des Temps Modernes ". Vous débarquez dans
un endroit pour apporter un peu de divertissement, de bonheur, d'amusement.
Le lendemain, vous êtes déjà repartis vers d'autres
lieux laissant derrière vous un agréable souvenir.
A part le Soudan, quels pays t'ont-ils le plus marqué ?
Jeff : Nous avons eu des grands moments en Angleterre. J'ai
toujours considéré que si on avait du succès
à Londres, c'était un sacré atout. Les concerts
à Londres étaient souvent riches en émotion car
le public a une vraie exigence. Les concerts en Australie étaient
superbes. Pour l'instant, on s'éclate partout.
Le public espagnol n'est pas acquis d'avance. Autant, dans le monde
musical anglo-saxon on peut paraître novateurs, autant dans
le monde musical espagnol, ils ont tellement fait de fusion autour
des différentes musiques qu'ils donnent l'impression d'être
moins étonnés par ce qu'on propose. Par contre, ils
sont sensibles à la qualité, à l'interprétation
et à la richesse musicale.
C'est un public qu'on s'est mis dans la poche quand même. Il
y a une grande musique chez eux et ce n'est pas facile de faire son
trou là-bas. Tu joueras tout le temps parce qu'il y a plein
de musiciens. C'est un public exigeant. Il faut donner de la vérité
dans l'expression. Si tu fais un peu semblant, ce public ne se fera
pas avoir. Il est assez mélomane.
Ziane : Et l'Allemagne, vous n'y avez jamais joué ?
Jeff : Non, mais nous y allons. Cela va être sûrement
un bel accueil.
Ziane : Et l'Italie ?
Jeff : C'était vraiment bien. Il y a une grande richesse
mélodique dans la musique italienne. Ils aiment bien les voix.
Ils découvrent la voix de Souad Massi. J'ai déjà
joué là-bas avec Salif Keïta, avec Touré
Kunda. Nous, en France, nous avons une grande richesse culturelle
de par les mélanges, de par la suite de la colonisation. J'ai
vu des musiciens africains découvrir des musiques d'Afrique
à Paris. J' ai connu un sud-africain qui a découvert
la musique " Mandingue " à Paris alors qu'il ne la
connaissait pas du tout à Johannesburg ou au Cap. La France
est le terreau d'une grande richesse musicale. Il y a des vedettes
qui viennent d'Afrique, du Maghreb. C'est courant en France.
En Espagne, il y a des marocains aussi, mais le mélange arabo-andalou
existe depuis longtemps. En France, le phénomène est
plus récent.
Fin de l'entretien qui a duré environ 50 minutes.
Ziane techniquement assisté
par Danielle.